Analyse : Les Etats Unis reconnaissent Jérusalem comme capitale d’Israël

Les Etats Unis reconnaissent Jérusalem comme capitale d’Israël et s’engagent dans le transfert de leur ambassade dans la ville sainte :

Les “Ambassadeurs de la Jeunesse” sous la plume de :  Pablo Brahimi, Nassima Ouhab, Gaspar Kostajnsek et Manon Chemel, ont souhaité prendre part à l’analyse sur la décision américaine.  Cette analyse accorde un retour historique sur la ville de Jérusalem et son histoire ainsi que sur la signification et les risques que représente cette décision unilatérale. Elle s’intéresse également aux  réactions qui ont fait suite au sein de la communauté internationale et au sein des pays arabes.

Jérusalem au cours de l’histoire, entre partage religieux et conflits de pouvoir

Au vu des récents événements et déclarations qui ont secoué l’actualité médiatique et géopolitique internationale, il est intéressant de se pencher le temps de quelques lignes sur l’histoire de la ville de Jérusalem. Si elle est au centre des attentions depuis le conflit israélo-arabe puis israélo-palestinien durant la seconde moitié du XXe siècle, il serait réducteur de s’arrêter à cette période très récente, qui ne permet en réalité pas véritablement de saisir les enjeux religieux et politiques de la domination de la Ville sainte.

Il s’agit de survoler, au cours des pages à venir, l’histoire de Jérusalem, dans une volonté de synthèse claire qui permettrait d’en savoir plus sur les raisons d’une tension qui ne cesse d’agiter les autorités politiques internationales depuis des décennies. Le sujet plus vaste de l’entremêlement du religieux et du politique constitue la trame de fond de notre propos, mais il ne faut pas se focaliser sur ce point, qui nécessiterait un ouvrage entier, si ce n’est une bibliothèque entière, qu’il s’agisse de Jérusalem ou d’autres lieux. Partant de la Jérusalem antique pour parvenir jusqu’à la fin du XXe siècle, c’est la chronologie qui va mener les réflexions historiques présentes dans cet article.

Des origines à la chute du Second Temple

C’est la Bible (et plus précisément l’Ancien Testament) qui se présente comme une source essentielle de connaissances sur Jérusalem avant Jésus-Christ, aidée par les sources archéologiques. D’après l’Ancien Testament, Jérusalem serait le centre du Royaume de Juda, créé lors d’un schisme religieux entre les Israélites à la mort du roi Salomon, fils du roi David d’Israël, au cours des Xe-IXe siècles avant Jésus-Christ. Ce royaume se situe dans la partie sud de l’actuel territoire d’Israël, cerné au sud par le royaume d’Israël, dirigé alors par la dynastie des Omrides. Il est important de souligner que Jérusalem est probablement à l’époque une petite cité sans fortifications, le Royaume de Juda ne présentant pas d’ambitions conquérantes sur d’autres territoires et ne dominant pas les alentours.

Au cours du VIIIe siècle av. J-C, le Royaume de Juda profite de la chute du royaume d’Israël pour s’étendre vers le Nord et prétendre à une potentielle hégémonie sur la région. Mais c’est particulièrement durant le VIIe av. J-C que Jérusalem prend une importance conséquente, tant au niveau religieux que sur un plan plus politique. Le roi Josias, dans la seconde moitié du siècle, fait de la cité la véritable capitale du royaume, notamment en centralisant le culte israélit à Jérusalem, évinçant au passage les autres cultes, concurrents. Josias est un personnage important en tant qu’il est un des premiers, si ce n’est le premier, à organiser une nation israélite autour d’un culte unique dont le centre est un temple unique, le Premier Temple. Ce monument date peut-être de Salomon lui-même, mais aucune source archéologique ne permet d’en être certain.

Avec l’arrivée du souverain babylonien Nabuchodonosor au début du VIe av. J-C, Jérusalem subit un pillage conséquent et voit son Temple détruit, ainsi que ses murailles, sans oublier un incendie majeur provoquant une perte de la majeure partie de la population de Jérusalem et de plus de la moitié de la population du Royaume de Juda. Une autre domination prend rapidement la place des Babyloniens, les Perses. Sous le souverain Cyrus le Grand, au cours de la seconde moitié du Ve siècle av. J-C, le territoire de Juda prend le nom de Judée, ou Yehoud, simple province de l’immense empire perse achéménide.

En opérant une rapide ellipse, c’est après une domination hellénistique sous le règne d’Alexandre le Grand et de la dynastie séleucide puis lagide qui lui succèdent, au cours des IVe et IIIe siècles av. J-C, ainsi qu’un contrôle du territoire par les Hasmonéens, que l’histoire de Jérusalem prend un tournant important. La cité passe sous contrôle romain sous le général puis consul Pompée, durant la seconde moitié du Ier siècle av. J-C. Le territoire est sous protection romaine mais reste sous la direction effective de la dynastie des Hasmonéens, et en -37, Hérode le Grand devient roi de Judée. Hérode, afin d’asseoir sa domination, fait rénover totalement le Temple détruit des siècles auparavant et à présent vénérant Jupiter, embellissant également la ville et le palais royal. Le Nouveau Testament débute sa narration lors de cette rénovation du Temple de Jérusalem par Hérode le Grand.

En 33 ap. J-C, Jésus-Christ se fait condamner à mort dans la Ville sainte par le gouverneur romain Ponce Pilate, et est crucifié sur une colline voisine, le Golgotha. En 66, une révolte a lieu en Judée contre le pouvoir romain, et elle est réprimée violemment par Titus, fils de l’empereur Vespasien, en l’an 70. Il écrase la population juive et fait détruire le Second Temple, après le ravage presque complet de la cité. Cette destruction entraîne une grande vague de fuite en exil juive, connue comme la deuxième diaspora. Le principal vestige du Second Temple qui demeure aujourd’hui encore en place est le Mur des Lamentations, centre des prières juives du monde entier.

Le Moyen-Âge, domination musulmane et croisades

C’est au cours du VIIe siècle que Jérusalem subit de nouveau des changements considérables. Alors qu’elle est devenue majoritairement chrétienne, seule ville dans ce cas dans la région par ailleurs, elle est envahie par les Sassanides, une dynastie perse qui entame la conquête de la Palestine dès 611, et prend Jérusalem en 614. De nombreuses églises sont détruites, des nombreux (des milliers, d’après les sources) chrétiens sont massacrés et partent en exil, et la ville passe durant trois ans sous administration juive.

Un autre monothéisme, le troisième, naît en 622 lors de l’Hégire, après les révélations de Muhammad qu’il aurait tenu de l’ange Gabriel lui-même, d’après le Coran. Le Prophète meurt dix ans plus tard après avoir étendu son influence sur Médine et La Mecque, et ses successeurs, appelés califes rashidûn (« bien guidés »), étendent l’empire musulman sur les provinces et régions alentour. C’est en 637 que Jérusalem est prise par les Arabes, et un peu avant 670 est construite la première mosquée de la ville, à l’emplacement de l’ancien Second Temple. Il s’agit de la mosquée al-Aqsa, toujours présente aujourd’hui et au cœur de la vie religieuse musulmane de Jérusalem. La ville devient un symbole pour les musulmans également lorsqu’en 661, Mu’awiya se fait proclamer premier calife omeyyade à Jérusalem-même. A travers ce geste, il indique que la cité est un lieu fondamental de pouvoir, temporel et spirituel, pour les musulmans.

A la toute fin du VIIe siècle, le calife ‘Abd al-Malik fait ériger le Dôme du Rocher, toujours présent aujourd’hui, et symbole de la splendeur de l’art omeyyade en terre orientale, localisé sur l’ancienne esplanade du Second Temple. C’est à partir du VIIIe siècle qu’il est donc possible d’envisager Jérusalem comme une ville aux influences religieuses diverses, bien que sous le pouvoir musulman. C’est pourquoi certains dirigeants n’hésitent pas à utiliser ce symbole religieux dans le but de punir ou réprimer certaines croyances : c’est le cas du calife fatimide al-Hâkim, qui règne en Egypte et sur les territoires autour de Jérusalem à la toute fin du Xe siècle (996-1020). Celui-ci, réputé pour infliger aux non-musulmans des sanctions sévères et des châtiments terribles, ordonne la destruction de l’église chrétienne du Saint-Sépulcre en 1009, provoquant la fureur et le désespoir chez les chrétiens du monde entier, qui continuent à venir en pèlerinage sans pour autant être protégés par le pouvoir du calife (qui a pourtant pour devoir, d’après le pacte du calife ‘Umar en 717, de protéger les dhimmi-s, autrement dit les non-musulmans sous domination musulmane).

En 1073, une dynastie turcomane (dans la région de l’actuelle Turquie) s’empare de Jérusalem aux mains des Fatimides, les Seljoukides. Elle est reprise par les Fatimides en 1098. Mais entretemps la réaction chrétienne aux événements du XIe siècle a lieu depuis les terres occidentales : le pape Urbain II proclame l’envoi de la Première Croisade en 1095. Il est complexe d’analyser les raisons de cette Première Croisade, qui ne sont pas toutes claires, mais il faut bien comprendre qu’elles ne sont pas uniquement religieuses. Sous couvert d’une purification des péchés et d’un secours porté aux chrétiens d’Orient, le pape envoie des pèlerins guerriers en Terre Sainte dans le but d’affaiblir le pouvoir musulman qui domine depuis quatre siècles environ la zone. C’est un acte qui mêle intimement politique et religieux, dans une volonté d’expansion et d’influence idéologique autant que militaire. Cette expédition mène en 1099 à la prise de Jérusalem par les hommes de Godefroy de Bouillon, qui massacrent dans des proportions plus que considérables la population résidente de la cité.

Jérusalem reste sous domination chrétienne jusqu’à la reconquête musulmane de la ville par Saladin en 1187, officiellement au nom des vizirs seljoukides, mais en réalité pour la grandeur de sa dynastie, de son pouvoir, et dans l’idéal de réunification d’un monde musulman qui est déchiré entre différentes dynasties. Il est intéressant d’arrêter la chronologie un bref instant afin d’insister sur la valeur symbolique de Jérusalem au cours du temps : dans le cas de Saladin, bien qu’il soit impossible de détailler précisément les divisions politiques des territoires sous domination musulmane, reprendre Jérusalem est un moyen de rappeler qu’il y a un but commun pour les différents pouvoirs musulmans, celui de la défense de l’Islam contre les ennemis chrétiens (et non-musulmans en général). La ville est alors d’autant plus un centre de réunification idéologique et religieuse, pour les deux monothéismes que sont l’Islam et la Chrétienté.

En 1229 puis en 1240, Jérusalem repasse sous le contrôle des Francs, principal bastion chrétien de la région qui reste dominée par les musulmans. En 1261, c’est la dernière grande dynastie du Moyen-Âge musulman qui prend le contrôle de la ville : il s’agit des Mamelouks, dont le centre du pouvoir se trouve en Egypte. Ils repoussent les troupes mongoles lors de la bataille d’Ayn Jalût le 12 septembre, et en profitent pour étendre leur influence sur les territoires au nord du Sinaï, jusque dans les régions autour de Jérusalem, incluant la Ville sainte elle-même. En 1267, Ramban fonde la synagogue qui porte son nom, entraînant le retour des juifs dans la ville après les massacres de la Première Croisade. Par la suite, en 1342, les Mamelouks autorisent les Franciscains à s’y réinstaller. Les pèlerinages peuvent donc reprendre et annulent les objectifs initiaux d’Urbain II, aboutissant au rétablissement d’un statu quo préexistant entre les trois monothéismes.

Jérusalem est tout au long du Moyen-Âge l’objet de rivalités, qu’elles soient religieuses en apparence (et dans le fond) ou plus subtilement politiques, entre pouvoirs chrétien et musulman. La présence juive n’y apparaît qu’en ombre, et il faut attendre le XXe siècle pour voir revenir sur la scène internationale les revendications hébraïques sur Jérusalem, cœur de la Terre Sainte.

Le XXe siècle, Israël, Palestine, et déchirements autour de Jérusalem

C’est au cours du XXe siècle que Jérusalem prend une importance plus centrée sur les rapports entre Arabes et Juifs, au sens des peuples. Avant tout développement, il est important d’insister sur l’utilisation des termes dans notre propos. Il n’est pas question d’un rapport religieux dans les lignes qui vont suivre, mais bien plutôt d’une lutte entre deux peuples, le peuple arabe et le peuple juif, dans une partie du monde précise. Il n’est pas question d’envisager une « lutte de civilisations » comme un Samuel Huntington ou une « guerre de religions ». Il n’en est plus véritablement question. Ce sont des enjeux géopolitiques qui interviennent en priorité dans cette période.

En effet, en effectuant un bond considérable dans le temps, il faut en venir à la toute fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. C’est en 1896 qu’un penseur juif d’origine austro-hongroise, Theodor Herzl, publie un ouvrage intitulé Der Judenstaat (L’Etat des Juifs). Dans cet ouvrage, il exprime le besoin des communautés juives d’Europe, de l’Est en particulier, de fuir les territoires où elles se trouvent afin d’échapper aux persécutions qui ont lieu contre elles. De nombreux pogroms ont lieu dans les années 1880 entre autres, comme en Roumanie en 1881, contre les populations juives d’Europe de l’Est. T. Herzl propose une solution, celle de s’installer sur un territoire précis qui serait la propriété des Juifs. Après avoir hésité entre l’Argentine ou des terres africaines, il porte son dévolu sur la Palestine, remontant jusqu’à la tradition biblique qui évoque le Royaume de Juda et la terre d’Israël. La Terre Promise. L’Organisation sioniste, née le 3 août 1897, valide cette décision.

Cette pensée provoque des afflux massifs de population dans des colonies juives en territoire palestinien, la France apportant notamment son aide avec la création de l’Alliance israélite universelle en 1864, qui prête main-forte aux installations de la fin du XIXe siècle. Durant toute la première moitié du XXe siècle, les aliyah (vagues d’immigration juives) viennent gonfler les effectifs hébreux en Palestine, jusqu’à représenter une population de moins de 50% inférieure numériquement à la population arabe. Cette croissance démesurée est liée entre autres à la déclaration Balfour du 2 novembre 1917 par le gouvernement britannique, qui déclare donner « un foyer national juif » en Israël. Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les Britanniques ont un mandat sur la Palestine, et doivent affronter les arrivées massives de Juifs. Des réactions ont lieu face à  celles-ci, parmi la population arabe, et les Livres blancs (législations successives des Britanniques pour réguler les venues de populations juives en Palestine) n’arrangent pas les négociations entre Arabes, Juifs, et Anglais.

En mai 1948, le 14, les représentants du proto-Etat israélien se regroupent autour de la personne de David Ben Gourion, qui proclame la naissance de l’Etat d’Israël. Les troupes britanniques évacuent le territoire, et les révoltes éclatent dès le 15, avec des contingents arabes venus renforcer les luttes palestiniennes contre les Israéliens. De la guerre israélo-arabe, qui prend fin en 1949 avec divers armistices, émergent des mesures sur Jérusalem. La ville est divisée entre la partie occidentale, possession israélienne, et la partie orientale, intégrée à la domination jordanienne, créant bientôt le territoire de la Cisjordanie. Jérusalem-Ouest est alors nommée capitale d’Israël en 1950. La Knesset (le Parlement israélien) et des ministères s’y installent, ainsi que l’Université hébraïque (1953) et d’autres monuments majeurs. Elle n’est pas reconnue comme capitale par la communauté internationale mais la capitalisation est en marche : les Israéliens souhaitent alors en faire une capitale politique, administrative, culturelle. En 1962, un mur est construit entre les deux parties de la ville, la division devenant matérielle en plus d’être symbolique.

En 1964, l’O.L.P. (Organisation de Libération de la Palestine, menée par le parti Fath de Yasser Arafat) tient son congrès fondateur à Jérusalem-Est, ce qui inquiète autant les Jordaniens (qui y voient une menace de déstabilisation) que les Israéliens (qui y voient une force menaçante pour les populations de Jérusalem-Ouest). En 1967, du 5 au 10 juin, la Guerre des Six-Jours voit s’affronter un camp arabe mené par les Egyptiens, et les Israéliens. Les conséquences de cette guerre sur Jérusalem sont considérables, et les plus choquantes sont les destructions et profanations des lieux saints juifs situés à l’Est (dans la vieille ville, plus de 30 synagogues sont détruites) ainsi que l’expulsion de trois mille réfugiés arabes vivant dans un quartier juif de l’Ouest.

A partir de 1977 et des années 1980, l’arrivée du Likoud (parti à droite de l’échiquier politique) de Menahem Begin au pouvoir provoque la montée des nationalistes israéliens radicaux qui souhaitent coloniser les territoires occupés à l’Est. Dès lors, des mesures diverses et opérations sont prises pour s’emparer des terres de Jérusalem-Est, alors aux mains des Palestiniens. Au début des années 1980, dans un contexte d’extrême tension, Jérusalem comme capitale d’Israël est votée par la Knesset. La politique de « la main de fer » est menée dans les territoires occupés, exerçant une répression ferme et incessante contre les Palestiniens. Par ailleurs, de nombreux syndicalistes palestiniens sont arrêtés ou expulsés par les autorités israéliennes.

Quel bilan ?

En 1987, la première Intifada, ou « guerre des pierres », a lieu en Israël. Palestiniens et Israéliens s’opposent violemment les uns aux autres, souvent à armes inégales, et la répression est violente de la part des autorités israéliennes. En 2000, une seconde Intifada, dite « Al-Aqsa » (comme la mosquée) place Jérusalem et les Lieux Saints au cœur des affrontements. Il est essentiel et fascinant de voir dans cette centralité des lieux religieux non pas un retour de la priorité du religieux, mais bien une instrumentalisation des symboles monothéistes par des forces politiques.

Un paradoxe subsiste à la toute fin du XXe siècle : Jérusalem a été proclamée « capitale une et indivisible » d’Israël, Etat lui-même défini comme « juif et démocratique ». Or Jérusalem est la moins juive et la moins démocratique des villes israéliennes : elle comporte 40% de résidents palestiniens, et seulement 4000 résidents juifs israéliens sur 35 000 habitants au total.

Il est fort délicat d’effectuer un bilan simple de ce voyage dans le temps, mais il semble nécessaire d’être mesuré dans les considérations historiques, religieuses, et politiques, d’une ville qui peut fasciner par la centralité qu’elle a tenu tout au long de l’histoire dans les conflits régionaux.

Donald Trump et la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël :

Donald Trump a récemment reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et a décidé de déplacer l’ambassade des Etats Unis de Tel Aviv à Jérusalem. Cette déclaration a provoqué une onde de choc au Proche Orient et dans le monde entier.

En reconnaissant Israël comme capitale, le président américain Trump rompt avec des décennies de négociations diplomatiques américaines et internationales et ceci malgré les mises en garde de nombreux gouvernements et personnalités politiques.

Lors de son premier voyage en Israël , le président américain n’avait pourtant pas évoqué le sujet.  Cette annonce est donc apparue très surprenante et peut sembler avoir été prise sur un coup de tête. Toutefois, si on observe les déclarations faites par ce dernier, on s’aperçoit que cette promesse avait déjà été évoquée lors de son élection. En effet, faire de Jérusalem la capitale d’Israël était une de ses promesses de campagne.

Il avait également fait savoir son envie d’être le grand pacificateur de la région . Il espérait que l’on dise de lui qu’il est l’homme qui a apporté la paix au Proche et Moyen Orient.  Toutefois, reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël peut apparaître comme antinomique pour l’exercice pacificateur entrepris par Washington.  De vives tensions ont, comme il fallait s’y attendre, explosé à la suite de la décision américaine.

L’étiquette anti musulman commence à poursuivre le président américain, Donald Trump.  En effet, on se souvient également de son décret ( ” travel ban”) . De plus, on constate parallèlement à cela la recrudescence d’actes islamophobes aux Etats Unis depuis l’élection du nouveau président. 

La communauté internationale s’est quant à elle également emparée de la question et à fait connaître de manière quasi unanime sa désapprobation.   La ville de Jérusalem est le point de friction le plus délicat dans le conflit israélo arabe. Il représente l’emblème même des trois religions monothéistes.  Toucher à Jérusalem c’est la certitude de raviver les passions des plus fanatiques d’un côté comme de l’autre. La ville doit être une solution définitive négociée entre les deux entités car la recrudescence de la violence ne fera probablement que s’amplifier et les conséquences pourront être désastreuses pour l’Etat hébreu comme pour le peuple palestinien.  Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu comme Donald Trump affirment tous deux que reconnaître Jérusalem comme capitale israélienne pourra enfin relancer le processus de paix qui était jusqu’alors dans l’impasse depuis les accords d’Oslo ( 1993).

Toutefois, accepter la main mise d’Israël, c’est évanouir l’idée d’une capitale partagée et ce souhait très cher aux palestiniens n’est pas prêt d’être concédé.  Cette décision risque également de mettre à mal les relations israéliennes tissées jusqu’alors avec certains pays arabes.

Après la déclaration de Trump, des heurts et des rassemblements ont déjà eu lieu dans la bande de Gaza, à Ramallah comme à Bethléem.  A Amman en Jordanie, une nouvelle manifestation a eu lieu devant l’ambassade américaine.  Les manifestants ont appelé le président a revenir sur sa décision.   A la frontière entre Israël et la bande de Gaza, des civils et TSAHAL ( armée israélienne)se sont fait face. La tension est clairement palpable. On dénote à ce jour déjà deux morts en Cisjordanie  et à la frontière entre Israël et la bande de Gaza. 

Dans la bande de Gaza, on a pu voir au travers des médias, une déferlante de rage où nombre de personnes ont brulé les drapeaux américains et israéliens ainsi que des portraits du président américain, Donald Trump.

Après la déclaration de la Maison Blanche, le mouvement islamiste” Hamas”, a appelé à une « troisième intifada ». Cet appel explicite à un nouveau soulèvement populaire avait pour but de faire reculer la politique américaine.   Leur objectif était d’exercer des pressions sur les Etats Unis afin de les faire renoncer à leur décision.

Le dirigeant du Hamas a demandé au président de l’Autorité palestinienne de se retirer de tout processus de paix avec Israël et aux pays arabes de boycotter le gouvernement Trump.

Le FATAH ( parti de Mahmoud Abbas) a quant a lui déclaré par l’intermédiaire de son haut responsable, Jibril Radjoub, que le vice président américain, Mike Pence, n’était «  pas le bienvenu en Palestine ». Ce dernier avait en effet demandé à rencontrer Mahmoud Abbas.

Suite à cette décision qui a fait une onde de choc dans le monde arabe, les factions palestiniennes quant à elles étaient plus ou moins soudées dans leur réponse à la déclaration américaine.  Le représentant du Hamas, Ismail Haniyeh, s’est entretenu au téléphone avec Mahmoud Abbas  pour convenir ensemble d’appeler les palestiniens à manifester contre la décision de la Maison Blanche.

Pour les palestiniens, cette décision unilatérale prise par Washington ne permet plus de considérer les Etats Unis comme un médiateur possible pour la relance d’un éventuel retour du processus de paix.

Comment comprendre la réaction de Trump ?

On peut y dresser quatre raisons majeures selon Philippe Gélie :

– Donald Trump honore une promesse électorale et rompt avec ce qu’il considère comme le manque de courage de ses prédécesseurs

– il ne fait que reconnaitre une réalité car les grandes institutions israéliennes se trouvent déjà à Jérusalem : la Cour suprême et le Parlement s’y trouvent

– Il a la conviction que la reconnaissance de la réalité va faire avancer le processus de paix

– il appuie son soutien à la seule démocratie au Proche Orient

Aux Etats Unis, une grande partie de la population américaine est favorable à Israël car c’est la seule démocratie dans la région. De plus, les chrétiens évangélistes partagent la conviction  qu’il faut la restauration de la Jérusalem biblique, c’est-à-dire, Jérusalem au peuple juif.  On peut donc y voir également un calcul politique pour satisfaire une opinion publique américaine dubitative sur les initiatives et actions entreprises par le nouveau président des Etats Unis.

Comment la communauté internationale et les  pays arabes voisins ont-ils réagi quant à eux ?

Les réactions de l’Europe et de la Russie :

Le gouvernement fédéral allemand a exprimé sa préoccupation par rapport à la déclaration de Donald Trump à cause d’une escalade de la violence que celle-ci pourrait provoquer dans la région. La position du gouvernement allemand reste en cohérence vis-à-vis de la résolution des Nations-Unis avec une négociation entre les parties prenantes pour solution à deux États où le statut de la ville de Jérusalem serait aussi réglé. Par conséquent l’ambassade allemande restera à Tel-Aviv.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson s’est dit quant à lui préoccupé par les projets de Trump de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem. Le gouvernement britannique, ne prévoit pas de suivre son allié américain et déclare que le statut de Jérusalem devrait faire partie d’une solution finale au conflit négociée entre les Israéliens et les Palestiniens.

Le gouvernement russe a exprimé des inquiétudes similaires par rapport à la déclaration de Donald Trump. Le porte-parole du président Vladimir Poutine a exprimé sa préoccupation sur le fait que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par les États-Unis ne ferait qu’exacerber le conflit entre Israël et les Palestiniens. Il a par ailleurs demandé à l’administration américaine de clarifier “le sens de leur décision”.

À la suite des déclarations du président Trump, les ambassadeurs de Viktor Orbán ont précisé que la Hongrie ne considérait pas qu’une telle condamnation à la quasi unanimité fût nécessaire. La République tchèque a signalé, comme les États-Unis, qu’il était envisageable de transférer rapidement sa propre ambassade à Jérusalem. La Hongrie a également des plans similaires. Néanmoins, aucune déclaration officielle ne vient actuellement confirmer ces derniers projets. 

La responsable de la politique étrangère de l’Union Européenne, Federica Mogherini, s’est donc efforcée de présenter une image cohérente de l’Union Européenne. Elle a mis en garde contre un retour aux “temps encore plus sombres” et à une escalade de la violence dans la région. Cependant, elle ne pouvait probablement pas condamner plus sévèrement la décision de Trump et, surtout, avec une déclaration écrite, pour la simple et bonne raison que les Européens ne sont pas tous d’accords sur le sujet.

La position officielle de l’Union Européenne a toujours été jusqu’à présent la poursuite des négociations en Israël et la Palestine en faveur d’une solution à deux États où la ville de Jérusalem serait la capitale des deux États. Federica Mogherini a reçu vendredi 8 décembre à Bruxelles le ministre jordanien des Affaires étrangères Aymane Safadi pour discuter de cet état de fait. Par ailleurs, la responsable de la politique étrangère a également invité le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à une réunion avec les ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne à Bruxelles qui aura lieu en janvier 2018 à Bruxelles.

À la suite de la déclaration de Donald Trump, la France n’a pas approuvé la décision américaine qui est considérée comme une menace pour la paix dans la région. Le président français Emmanuel Macron a rappelé, lors de son déplacement à Alger, son attachement à la solution à deux États avec Jérusalem comme capitale d’Israël et de Palestine. Celui-ci a en même temps condamnée la déclaration de Donald Trump du transfert de l’Ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem qui ne serait pas conforme au droit international et aux résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU. Le président français a appelé à l’apaisement et à la reprise des négociations sous l’égide de l’ONU. 

Le président Macron a demandé au président israélien Benjamin Netanyahu, en visite à Paris le 11 décembre 2018, à “des gestes courageux envers les Palestiniens”. Cela entend le gel de la politique de colonisation israélienne.

On constate donc sur la scène internationale la diversité des réponses et des interprétations qui font suite à la décision très controversée de Washington. Du côté des pays arabes, cela a également provoqué une onde de choc et des réactions plus ou moins réfractaires et accusatrices face à la décision américaine.

Les réactions du monde arabo-musulman à la décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël 

Après une longue stagnation des pourparlers autour de la problématique palestinienne, en partie, à cause des revirements que vit l’ensemble de la région depuis les soulèvements populaires de 2011, la décision unilatérale de Donald Trump, du 6 décembre 2017, de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem a subitement recentré les regards à nouveau sur le conflit israélo-palestinien.

        En effet, la veille de l’annonce de Trump, les délégués permanents de la Ligue arabe ont organisé une première réunion d’urgence afin d’organiser une réaction collective à cette décision considérée comme « grave » et « illégitime ».Une seconde réunion des ministres des affaires étrangères des pays arabes s’est tenue le 9 décembre à la demande des délégations palestinienne et jordanienne, durant laquelle les présents ont appelé à manifester pour persuader le Président américain de revenir sur sa décision. De fait, plusieurs manifestations populaires eurent lieu dans les rues partout dans le monde. Au Palestine, les heurts entre les jeunes et l’armée israélienne reprennent et donnèrent lieu à une dizaine de décès et à plusieurs blessés, d’autant plus que l’autorité palestinienne avait appelé à l’organisation d’une « intifada » comme c’était le cas en 1967, afin de résister à la reprise de Jérusalem.

       De son côté, le Président turc Recep Tayyip Erdogan s’est imposé avec force face à la décision « nulle et non avenue » de Trump en multipliant les déclarations menaçantes à l’égard des USA et d’Israël en qualifiant ce dernier d’Etat « terroriste » et de « tueur d’enfants palestiniens ». Dès lors, il organisa à Istanbul, le 13 décembre le sommet de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI), à la suite de laquelle les décisions de considérer Jérusalem-Est comme capitale de la Palestine, et de ne plus associer les Etats-Unis au processus de paix entre palestiniens et israéliens ont été prises. 

     Cependant, malgré le mobilisation du monde arabe et musulman face à la décision de Trump, certains faits et déclarations de la part de quelques personnalités arabes, notamment saoudiennes, lèvent le voile sur la fracture profonde et la désunion du monde arabe face au conflit israélo-palestinien, ce qui soulève, d’une part, la question des raisons de l’inefficacité des mesures prises par la Ligue arabe et de l’OCI.D’autre part, celle des conséquences d’un transfert réel de l’ambassade américaine à Jérusalem.

    Pour tenter de répondre à ces deux questions, nous analysons dans un premier temps les raisons de la faiblesse des réactions arabes, et dans un second temps les conséquences géopolitiques de l’application effective de la décision de Trump.

De la fracture à la trahison : les palestiniens face à leur destin

          Afin de minimiser l’impact de sa décision, Donald Trump s’est concerté avec quelques personnalités politiques du Moyen-Orient, notamment le roi saoudien, le roi jordanien Abdallah II, ainsi que le Président palestinien Mahmoud Abbas. Si ces deux derniers s’étaient formellement opposés au projet américano-israélien de reconnaître Jérusalem comme capital d’Israël, la réaction et toute autre pour les dirigeants saoudiens et émiratis qui se sont contenté d’exprimer leurs regrets et leurs inquiétudes. Quant au Bahreïn, il s’est dépêché d’envoyer une délégation religieuse portant un message de paix et de dialogue entre les religions, ce qui a attisé la colère des palestiniens. Ce revirement historique de la position des monarchies du golfe, hormis le Kuweit et le Qatar, s’explique, non seulement, par leur alliance historique avec les Etats-Unis, mais également par la lutte contre leur ennemi commun, qui est l’Iran, quitte à se rapprocher d’Israël au détriment des palestiniens. En effet, par souci de prééminence en tant qu’autorité religieuse et géostratégique, l’Arabie saoudite a su forger des liens solides avec les américains, en particulier en matière de sécurité, depuis l’accord Quincy du 13 février 1945, signé entre Ibn Saoud et Franklin Roosevelt. Grâce à cette garantie américaine et à ses ressources pétrolières abondantes, le royaume saoudien n’a cessé d’affermer sa position de leader régional tout en menant la guerre contre ses opposants comme c’était le cas en mars 2015 lorsque les dirigeants saoudiens ont mis l’Algérie sur la liste noire des pays soutenant le terrorisme à la suite de son refus de joindre la coalition contre le Yémen, ainsi qu’en juin 2017 lorsque l’Arabie décide, avec ses alliés du golfe, de rompre les relations avec le Qatar auquel on reprochait le soutien au terrorisme et aux frères musulmans.

De plus, après la signature de l’accord sur le nucléaire entre l’Iran et les puissances occidentales en juillet 2015, l’Arabie saoudite redoutait ce retour en force du leader chiite contre lequel elle mène une guerre par procuration au Yémen, en Syrie, en Irak et au Liban. En effet, l’ingérence iranienne dans bon nombre de pays dans la région ayant pour objectif la mise en œuvre de son croissant chiite ne fait, d’une part, que perdurer les conflits en cours, particulièrement au Yémen, d’autre part, incite les saoudiens à se tourner vers de nouveaux alliés plus douteux, comme Israël, dans le but de les discréditer auprès des dirigeants arabes. En effet, quelques heures avant la tenue du sommet de l’OCI du 13 décembre provoqué par Erdogan, le président palestinien et le roi jordanien ont été convoqué respectivement par le Caire et Riyad afin de les dissuader de se rendre à Istanbul. De fait, la déclaration de Trump de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem a eu pour premier effet le renforcement de la position du président Erdogan dans le monde arabe tout en ralliant à lui les ennemis traditionnels pro-occidentaux comme le roi Abdallah II qui considérait Erdogan il y a quelques mois comme « dangereux ». En conséquence, au-delà des morosités intestines auxquelles fait face chaque pays de la région Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, le monde arabe se trouva fracturé par deux positions contradictoires face au conflit israélo-palestinien ; celle de l’Egypte, l’Arabie, Bahreïn et les Emirats ayant normalisé leurs relations diplomatiques et économiques avec Israël et qui ne voient pas la défense de la cause palestinienne comme priorité. Et celle de la Turquie, de la Jordanie et du Maroc ayant exigé le rétablissement des pourparlers autour d’une solution à deux Etats tout en respectant les droits des palestiniens établis par le droit international depuis 1967. De surcroît, le roi jordanien s’impose comme gardien de la mosquée Al-Aqsa, conformément aux accords de paix israélo-jordaniens conclus entre le roi Hussein et Yitzshak Rabin en 1994 ayant conféré à la famille royale hachémite la légitimité de veiller sur les lieux saints en Cisjordanie. Un rôle pris à cœur par le roi Abdallah II qui ne souhaite pas reproduite l’erreur commise par son arrière-grand-père, le roi Hussein Ben Ali, ayant cédé la Mecque et Médine à Ibn Saoud en 1924. Perdre Jérusalem serait irréversible et douloureux vis-à-vis de l’histoire existentielle de la famille hachémite de Jordanie. 

De fait, la décision de Trump est perçue par le roi jordanien et son homologue palestinien comme une trahison face à leurs efforts de négociation en vue d’établir un Etat palestinien indépendant, d’autant plus que les deux dirigeants ont multiplié les entrevues avec le président américain depuis sa prise de ses fonctions en janvier 2017 allant dans le sens d’une résolution à deux Etats.Or, la décision de Trump semble traduire la simple réalité que ses prédécesseurs occultaient depuis plusieurs années eu égard aux lourdes conséquences qu’une telle décision traduirait sur le terrain.

Les conséquences géopolitiques de la décision de Trump

             Malgré l’asthénie des réactions arabes face au sursaut américain vis-à-vis du statut de la vieille ville de Jérusalem, jusque-là non négociable entre palestiniens et israéliens d’où sa mise sous l’autorité de l’ONU depuis 1947, les conséquences géopolitiques d’une reconnaissance officielle de Jérusalem comme capitale d’Israël risquent d’altérer la stabilité de toute la région, une région où les symboles de l’Islam sont sacrés. Jérusalem est l’un de ces symboles, s’attaquer à Jérusalem c’est déclarer la guerre à un milliard et demi de musulmans selon l’ambassadeur palestinien à Londres. En effet, depuis 1995, date du votre par le Congrès américain de la décision de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem, les présidents successifs des USA repoussaient l’application de cette décision et tentaient d’aboutir à une solution commune entre les deux belligérants. Mais pour Donald Trump, cette reconnaissance est l’une de ses promesses de campagne électorale. Il ne fait que la mettre en œuvre comme il a mis en œuvre ses autres promesses telles celle d’interdire l’accès aux USA aux ressortissants de sept pays musulmans dont le décret a été pris le 27 janvier 2017.

      Les Etats-Unis, parrains de longue date du processus de paix au Moyen-Orient,se trouvent désormais officiellement discrédités aux yeux, non seulement des dirigeants arabes défavorables à la décision de Trump, mais aussi au regard de la communauté internationale qui considère la manœuvre américaine contraire au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. De ce fait, les USA fragilisent davantage leur position dans le monde et dans le monde arabe et tournent le dos à leurs alliés traditionnels, particulièrement, la Jordanie.

S’ajoute à cela la renaissance du nationalisme arabe. Les guerres pour l’indépendance contre les puissances occidentales et contre l’Etat juif ont véhiculé les mouvements nationalistes au début des années quarante, donnant lieu ainsi à la création de la Ligue des Etats arabes en 1945 ; Mais la disparition des vecteurs politiques de ces mouvements, voir l’indépendance et la normalisation des relations avec Israël, a eu pour conséquence la désunion des pays arabes les uns des autres. Les agressions répétitives de l’armée israélienne sur la bande de Gaza n’ont pas permis la réunification des intérêts comme c’était le cas en 1973 lors de la guerre de Kippour, lorsque les dirigeants des pays arabes font front commun contre Israël. Bien au contraire, la fragilisation des situations économiques de bon nombre de pays assujettis aux plans d’ajustement structurels sous l’égide du FMI et de la Banque Mondiale à la fin des années quatre-vingt, puis les deux guerres du golfe (Irak-Iran et Irak Kuweit), ensuite l’invasion de l’Irak en 2003 par les troupes américaines, les soulèvements populaires de 2011, le conflit syrien ainsi que la montée en puissance du terrorisme (Al-Qaida et Daech) en Irak et en Syrie ont été des facteurs clés dans la réorientation des stratégies politiques et sécuritaires de la plupart des dirigeants arabes. Mais l’annonce de Trump a eu un effet de rassemblement et de réunification autour d’une problématique commune dépassant la simple résolution du conflit entre israéliens et palestiniens. Au final, Trump a réussi en seulement quelques heures à unifier les musulmans face au conflit israélo-palestinien.

        Par ailleurs, malgré ce revers positif de la décision de Trump, le risque de retour de la violence et du terrorisme demeure élevé, dans le sens où les membres d’Al-Qaida et de l’Etat Islamique délogés de l’Irak et de la Syrie pourraient trouver refuge sur les terres palestiniennes, alors que la défense de la cause palestinienne n’était en aucun cas une priorité pour les groupes terroristes. Ceci dit, le désordre régnant, depuis quelques jours, rend la Palestine un nouveau terrain propice à la réapparition des groupes extrémistes.    

Doit-on également craindre Mohammed Dahlan? Homme d’affaires et rivale de Mahmoud Abbas, ce dernier s’est rapproché du Hamas et bénéficie du soutien appuyé des Emirats arabes unis. Il a appelé  au «  retrait des négociations absurdes et sans fin avec Israel ».  Cet homme, qui a première vue semble aux antipodes du modéré Mahmoud Abbas peut-il faire craindre la chute irréversible du processus de paix ?  Doit-on craindre une recrudescence de violence si ce dernier était appelé à prendre le contrôle de la bande de gaza ?

Par :  Nassima Ouhab, Pablo Brahimi,  Gaspar Kostajnsek, Manon Chemel

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