Coworking numéro 2 sur le Proche et Moyen-Orient

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Les mouvements de paix en Israël :

Samy Cohen, auteur de l’ouvrage ” Israël et ses colombes”.        

Nous pouvons faire le constat selon lequel le camp de la paix s’est métamorphosé tout au long des années. Depuis sa naissance à aujourd’hui, ses actions et son visage ont pris un aspect différent.  Le mouvement le plus influent en Israël est “La Paix maintenant”. Ce mouvement emblématique  est arrivé à faire descendre 400 000 personnes dans la rue contre les massacres de Sabra et Chatila perpétrés au Liban en 1982.

Cet évènement a constitué une action d’une ampleur phénoménale.  Aujourd’hui, il n’y a plus de manifestations de masse, mais des actions différentes et des modes opératoires qui se distinguent.  On assiste à une recrudescence d’associations de plus en plus importantes qui militent en faveur de la paix et de la promotion des droits de l’Homme.

On note à ce jour pas moins de 150 organisations de paix et des droits de l’Homme qui travaillent avec les palestiniens en Israël. On n’a jamais vu un pays en guerre capable de générer autant d’associations et de protestations contre la guerre et pour la défense des Droits de l’Homme.

La question que l’on peut se poser, serait de savoir quelle place tiennent les jeunes dans cet activisme?

Les jeunes ne sont toutefois pas les seuls fervents militants dans la promotion de la paix et de la réconciliation israélo arabe. Nous avons également des femmes et des familles qui s’investissent dans cette optique. Ces nouveaux acteurs ont une légitimité particulière dans le sens où ils envoient leurs enfants dans la guerre. Ils ont ainsi la légitimité de la parole.  On retrouve également des associations qui militent pour la paix et qui cette fois-ci regroupent les officiers généraux.

Les jeunes qui s’impliquent le plus en Israël ont  entre 23 et 28 ans car les 17 à 23 ans effectuent leur service militaire.

Trois âges du mouvement de la paix

On peut constater qu’il existe trois phases au mouvement de la paix.

La première phase débute en 1967 lorsque commence la guerre des Six Jours. Deux groupes se créent à la suite de cette guerre. D’un côté, un groupe nationaliste religieux qui va vouloir construire et s’installer dans les territoires occupés. En effet, pour cette frange de personnes, la guerre des six jours est un signe divin qui les confortent dans l’idée de retrouver le “Grand Israel” tant rêvé.

De l’autre coté, un groupe  qui réfute cette vision, et veut arriver à une solution durable et à la réconciliation avec les arabes.

Dans cette seconde catégorie nous retrouvons des personnalités de premier plan comme Arie Lova Eliav. Ces personnes militent pour un Etat palestinien.

Dans leurs revendications, ces derniers vont montrer que l’intérêt d’Israël est d’encourager ce mouvement de paix.  Pour Arie Lova Eliav le vrai conflit est avec les Palestiniens, le reste n’est qu’histoire de frontières. Avec les Palestiniens c’est un vrai problème de fond.

L’idée est d’encourager les contacts entre israéliens et palestiniens. Ce groupe est par ailleurs reçu par Pierre Mendès France. Mais à l’époque nous voyons peu de jeunes émerger. Ils font leur apparition plus tard avec le mouvement “La Paix Maintenant”. Ce mouvement domine en Israël au sein des différents mouvements de paix ( création en 1978). Son action sera majeure et considérable jusqu’à la seconde intifada ( 2000). C’est un mouvement novateur car il est créé par des jeunes de l’université de Jérusalem.  Ces derniers sont de tendance politique à gauche.

Ils estiment qu’il faut reconnaitre l’Etat palestinien.  Ils se réunissent dans un premier temps en sorte de petit club, mais n’osent pas aller plus loin car la cause palestinienne n’est pas très appréciée en Israël. C’est un sujet sensible et tabou pour lequel il est difficile d’ouvrir un débat.

Pour réussir en tant qu’action politique et action de mobilisation, il faut des éléments porteurs. Un mouvement social a besoin de troupes et de choix psychologiques qui vont mobiliser l’opinion.

Premier événement qui va faire écho sera la guerre du Kippour.  Le président égyptien Anouar el Sadate lance son armée, et prend de cours l’armée israélienne qui perd environ 2500 soldats. Le choc est considérable. A la fin de la guerre des soldats vont manifester pour la démission de Golda Meir.  La protestation est très forte.  Cette action n’est pas restée sans retentissement, car cela portera la première ministre, Golda Meir à démissionner. Elle sera remplacée en 1974 par Itzak Rabin. Cette démission n’est pas anodine, dans le sens où Sadate avait fait une proposition de paix à Golda Meir qui a refusé (ces négociations ont été porté à l’ONU).

La même année, un mouvement colonisateur et nationaliste fait son apparition et s’oppose à “La Paix maintenant”. Il s’agit du “bloc de la foi”. Ces derniers estiment qu’il est nécessaire de coloniser la Cisjordanie. Les jeunes issus de “la Paix maintenant” montent en puissance et condamnent ces sollicitations.

Le président égyptien Sadate est reçu par un membre du Likoud ( Menahem Begin) en vue d’instaurer une paix entre Egyptiens et Israéliens. Il fixe toutefois comme condition qu’Israël accepte de rétrocéder les territoires. La paix sera signée. La Cisjordanie quant à elle reste sous tutelle israélienne.

Les jeunes vont écrire en 1978 une lettre au premier ministre Menhaem Begin pour montrer et appuyer leur engagement en faveur de la paix avec l’Egypte. Cette lettre insiste sur l’idée qu’Israël et le gouvernement israélien ne doivent plus renoncer à la paix [ lettre des officiers rendue publique, mobilise des milliers de gens].

C’est une véritable mise en demeure de l’Etat d’Israël.

Nous pouvons souligner que ces différents événements constituent un contexte très porteur pour le mouvement ” la Paix maintenant”.  Ils apprennent ultérieurement que Begin doit rencontrer Sadate pour une ultime discussion de paix afin de savoir si oui ou non l’accord aura lieu. Ils descendent dans la rue pour appeler à la paix avec l’Egypte le jour même, où Begin s’envole pour Washington.

La Paix sera finalement signée. Certains ont pensé que c’était grâce à ce mouvement.  Ils ont transmis un message clair de paix et le premier ministre israélien Menham Begin savait que cela était dans son intérêt de signer cet accord de paix.

Les USA ont eux aussi joué un rôle.  Le président Jimmy Carter a notamment fait pression sur ces accords de paix..

Après la dureté de la guerre du Kippour, arrive la guerre du Liban en 1982. L’intervention avait pour but de chasser l’OLP qui s’était réfugié sur le sol libanais. Par ailleurs, l’idée sous-jacente était d’aider les chrétiens à s’installer au pouvoir. Toutefois, l’intervention ne se passe pas comme prévue et un ras de marée de protestation  émerge contre l’armée israélienne  qui a laissé les phalanges libanaises massacrer les camps de réfugiés. Une manifestation énorme a lieu en Israel pour protester afin qu’un rapport de l’action israélienne soit établi et rendu publique.

Le déclin de la paix commence progressivement en 1983. “La Paix maintenant ” va s’investir contre la colonisation, mais elle peine à mobiliser des personnes. La cause palestinienne est très impopulaire en Israel, du fait que le leader palestinien Yasser Arafat a utilisé des actions terroristes qui ont terrifié la population Israélienne.  Ainsi, parler de la question palestinienne dans les années 70 est susceptible de provoquer une cause de perturbation.  De plus, parler de la cause palestinienne, c’est remettre en cause l’idée de sionisme qui n’accepte pas d’aborder la question de 1948.  Pour les sionistes cela s’apparente à la remise en cause de l’Etat même d’Israël.

Par ailleurs ce qui ne va pas encourager la cause palestinienne c’est  que les trois grandes figures israéliennes majeures sont contre la reconnaissance du problème palestinien ( Rabin, Meir, Peres)

L’année 1992 marque la deuxième élection de Itzak Rabin comme premier ministre. Rabin s’est engagé dans le processus d’Oslo et à accepté de serrer la main d’Arafat, mais il ne voulait pas entendre parler du camp de la paix. Le mouvement ” La Paix maintenant” lui a pourtant proposé son soutien mais il ne voulait pas en entendre parler.  Ce dernier avait pour objectif de conquérir une partie de la droite israélienne. Or, La Paix est un mouvement de gauche voire d’extrême gauche.

Les mouvements de paix deviennent progressivement ennemi du peuple. On leur reproche leur implication trop à gauche.

Quand le premier ministre Itzak Rabin est assassiné, c’est un traumatisme majeur. L’engouement pour la paix s’en va avec lui. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que ce dernier n’était pas pour un Etat palestinien mais pour une solution pacifiste.  Il a par ailleurs répété cette phrase à plusieurs reprises ” Je suis pour une entité moins qu’un Etat”.  Arafat aurait-il accepté une entité moins qu’un Etat?  C’est une question qui demeure sans réponse..

Le délitement du camp de la paix se fait jusqu’à la seconde intifada.  En 2000, des palestiniens vont utiliser des attentats suicides.  Les années 2000-2003 sont synonymes d’attentats suicides à outrance en Israel. Ces violences exacerbées font perdre tout espoir de paix et de rapprochement israélo arabe.

Ariel Sharon ( membre du Likoud)  arrive au pouvoir et grâce à “l’opération rempart” il parvient à limiter les actions du Fatah, du Hamas et du djihad islamique. Il arrive par ailleurs à réintroduire une sorte de sécurité. Dans les années 2000, plus personne ne veut entendre parler de paix. Même les militants de paix eux mêmes sont choqués par la recrudescence de violence perpétrée contre les israéliens.

C’est une régression majeure par rapport à tout ce qui a été entrepris et par rapport à Oslo.  La Seconde Intifada vient empoisonner tous les efforts réalisés jusqu’alors.

La troisième phase  : L’émergence des petites associations

Une troisième phase d’action collective va faire son apparition. Des groupes d’individus ou des individus seuls vont décider d’agir. C’est ce que nous appelons l’émergence des ” électrons libres”.  Des associations émergent.  On voit également des généraux, des travaillistes et de nouveaux acteurs sortirent de l’ombre.

Parmi ces nouveaux acteurs on retrouve ” les combattants pour la sécurité d’Israël” . On observe que le mot paix n’y figure pas, alors que ces derniers militent en faveur de la paix.  En effet, le mot paix n’étant plus du tout populaire en Israël, ils préfèrent changer l’appellation.

Deuxième groupe : des associations qui agissent pour la réconciliation par le bas : par exemple de simples jeunes sans grade.

Des associations phares : le “forum des familles endeuillées” : les militants de cette association ont perdu un proche et donc incitent au rapprochement et vont à l’encontre du sentiment majeur en Israël qui veut la vengeance). Ils montrent qu’il faut retrouver le moyen de se réconcilier avec des familles palestiniennes qui sont elles aussi des familles endeuillées et dans la même souffrance.

C’est une association phare en Israël.

Autre association d’ampleur “le courage de refuser : 600 jeunes réservistes qui refusent la guerre.  Cette association ne réussit toutefois pas à perdurer dans le temps car la société israélienne ne  voit pas cela d’un bon œil.

“Les combattants pour la paix” :  Mouvement de jeunes qui est considérable. Une fois par an ils se retrouvent pour ” une journée alternative du souvenir”

Les combattants de la paix ne fêtent pas la journée de commémoration officielle, mais veulent une journée avec les palestiniens où les deux entités vont célébrer les morts de chaque côté.  Aujourd’hui l’association fait venir 4000 à 5000 personnes, alors qu’au début ils en comptaient seulement 600. Les militants de cette association  parlent de tout ce qui fait mal. Les israéliens écoutent les souffrances des palestiniens et vice versa.

La droite veut étouffer la venue des palestiniens pour chercher à empêcher cette journée.

Parmi ces électrons libres on retrouve également des figures féminines. Parmi elles : ” Les femmes œuvrent pour la paix” : les femmes s’engagent ! Au mois d’août, elles organisent une marche énorme de 20 000 personnes, mais ne parlent pas de sujets qui fâchent.

En revanche, elles  incitent à revenir à la table des négociations.

ONG et droits de l’Homme :  B’tselem ( bête noire du gouvernement israélien) : Ils ne sont pas tous des jeunes, mais on peut retrouver essentiellement des experts, des juristes et des personnes qui font des enquêtes de terrain.

Autre association d’ampleur : “brisons le silence” née en 2004 les membres font une exposition de photos pour montrer la réalité de l’occupation.

Nous pouvons également faire le constat selon lequel certains “électrons libres” ne sont liés à aucune organisation, mais ils décident toutefois d’agir. A titre d’exemple ils peuvent se rendre au check point et aident les Palestiniens à se rendre à l’hôpital. On trouve aussi des groupes d’israéliens qui s’occupent de faire venir des palestiniens pour voir la mer.  Ces initiatives sont faites à petite échelle, mais elles permettent toutefois de faire bouger les choses et les mentalités.

Pour conclure,  nous pouvons observer un contexte de scission entre ” faucons” et “colombes”, c’est à dire entre partisans de la paix et ceux qui préfèrent se rattacher à la notion de “sécurité”. Aujourd’hui, un des grands problèmes que rencontre la paix entre les deux peuples, c’est la division du mouvement de la paix.  Les associations sont complémentaires mais ne veulent pas se regrouper, car chacune à sa vision de l’action à mener.  Des associations à gauche ne veulent pas forcément s’associer, ce qui constitue une grande faiblesse de ces mouvements, car chacun veut évoluer dans sa vision et dans les financements obtenus.

Toutefois, nous pouvons dire que lorsque l’on évoque le camp de la paix, on ne peut pas penser que cela est définitivement bloqué, car il y a toujours un engouement de l’engagement pour la paix.  Il a certes été terni par différents événements, mais il demeure toujours présent dans les esprits de bon nombre de citoyens. La vision de la paix et la volonté de paix se traduisent de façon différente. Cela est perceptible au travers de l’émergence d’acteurs non politisés qui individuellement ou collectivement vont tenter par différents procédés, de permettre un rapprochement et une réconciliation israélo-arabe.

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