La Turquie doit rester un partenaire stratégique

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Depuis 1987, la Turquie affichait sa volonté d’adhérer à l’Union européenne. Pendant trop de temps, les européens ont été en désaccord sur le dossier. Pendant trop longtemps, on a fait croire aux turcs qu’ils avaient leur place dans l’Union. Si certains en doutaient encore, le référendum de ce dimanche 16 avril 2017 sonne la fin de toute spéculation sur la question. D’autant plus que quelques minutes après un résultat, contesté et minime, le Président turc annonce que son peuple aura à se prononcer, de nouveau par référendum, sur le rétablissement de la peine de mort. Quelle rétrogradation, quel retour en arrière. Cette vision de la société peut sembler archaïque à l’heure où nos sociétés ont besoin de calme, de bon sens et de fraternité.

L’Union européenne prône des valeurs démocratiques claires. Une des principales conditions pour en être membre, c’est d’être un État de droit. Difficile aujourd’hui de penser que la Turquie remplit ces conditions. Cependant, nous n’avons pas à contester un scrutin étranger à nos propres pays, représentés par dizaines chez les Ambassadeurs de la Jeunesse, nous n’avons pas à nous immiscer dans les affaires intérieures d’un État souverain. Ce ne sont pas les valeurs démocratiques qui sont les nôtres; et c’est aussi dans le respect du droit international que nous devons agir.

Il faut donc veiller à ce que le droit international soit respecté, notamment celui de la liberté et des droits de l’homme. Nous nous devons toutefois de garder une vigilance sur les risques d’oppression du peuple turc. Des tensions futures ne sont pas à écarter : un sujet si important, celui de l’élargissement des pouvoirs d’un Président, qui pourrait qui plus est le rester pendant plus d’une décennie, qui est accepté par une petite majorité, risque de provoquer des tensions internes.

De grandes villes turques ont majoritairement rejeté le projet du Président Erdogan. Quel sera le sort que ces villes et ces citoyens vont devoir subir, au vu de l’autocratie qui risque bien d’être instaurée ? Il suffit de se pencher sur la réforme constitutionnelle à prévoir pour se rendre compte de ce qui approche à grands pas : le renforcement des pouvoirs (concentration du pouvoir législatif, exécutif et judiciaire), la possible suppression du poste de Premier Ministre, la nomination en grand nombre de juges et autres “techniques constitutionnelles”.

Que retenir de la tentative de “coup d’Etat” il y a quelques mois ? Le chemin tracé pour la majorité actuelle pour s’auto-légitimer, la voie ouverte aux dérives.

La diaspora turque dans les différents pays hors Turquie a plébiscité ce référendum. C’est également leur choix et il doit être respecté. Il en va de l’intérêt général. C’est simplement beaucoup plus facile de s’exprimer dans des conditions plus calmes, loin du terrain. La nécessité aujourd’hui s’impose de veiller au bon traitement de la population turque, de veiller à ce qu’une dictature ne s’impose pas aux frontières de l’Europe. Les dérives que l’Union elle-même a pu connaître principalement sur le dossier de la Hongrie doivent être une leçon à retenir.

Le peuple turc et ses représentants doivent néanmoins continuer à être des partenaires stratégiques de l’Union européenne. Une collaboration étroite doit être maintenue, tant la responsabilité est immense dans un contexte international encore instable et incertain. La lutte contre le terrorisme, la gestion des conflits au Moyen-Orient obligent chacun des Etats à garder un esprit républicain et surtout à agir avec le plus grand pragmatisme.

Sur les questions économiques, la collaboration doit être étroite, et les efforts entrepris depuis quelques années doivent être poursuivis. Là encore, il en va des intérêts de chacun. Les exportations, les importations et autres apsects du commerce international sont une condition sine qua non d’une stabilité de nos régions.

L’Union européenne a beaucoup à gagner d’une diplomatie efficace avec la Turquie, ne serait-ce que sur les affaires en lien avec l’Est de l’Europe et la Russie. Les Etats européens doivent avoir des priorités en matière de diplomatie et de stratégie internationale. Si la Centrafrique est une préoccupation majeure, il en va de même pour l’Europe de l’Est.

Il convient de remarquer que le président Erdogan a utilisé la démocratie pour la rejeter en bloc, un coup politique très fort. Via cette opération, il s’est doté d’une grande légitimité non seulement vis à vis de son peuple et de son pays, mais surtout au niveau international. Les turcs ont voté pour confier à Erdogan l’avenir diplomatique de la Turquie, et cela sur le très long terme visiblement.

Enfin, il est évident que la Turquie ne doit pas sombrer dans une guerre civile entre les pro-Erdogan et les opposants. En effet, si la Turquie se laisse aller à de telles extrémités, elle viendra alimenter encore un peu plus le chaos du théâtre proche-oriental. La Turquie a toujours été considérée comme un véritable régulateur de cette zone de conflit. Depuis quelques années et encore plus au lendemain de ce référendum, elle devient une zone complexe et imprévisible.

 

 

Alexandre Negrus, Président

Vincent Mulé, Consultant Stratégie & Développement

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