Les élections présidentielles en Equateur

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Un tournant pour l’Amérique latine ?

Présentation des deux candidats

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Journée électorale en Equateur

Dans le pays Andin au 2800m d’altitudes (capital Quito) et au 15 millions d’habitants, c’est le jour des élections présidentielles. Les équatoriens vont devoir choisir un successeur à Rafael Correa.

Lenin Moreno, dauphin du Président (du parti Alianza Pais) a de bonnes chances d’être le prochain président de la République d’Equateur. Les élections risquent d’être très serrées. En effet, Lenin Moreno est au coude à coude avec Guillermo Lasso, candidat de l’opposition (parti de droite CREO : Vamos por el Cambio )

L’opposition se fonde principalement sur les questions économiques. « Ce qui est en jeu », explique Rafael Correa, « Ce sont deux visions de la société, deux visions du développement, deux visions de l’Etat ».

Guillermo Lasso, 61 ans promet le « changement » face aux scandales de corruptions qui ont entaché le gouvernement de Correa. Ancien banquier, lié aux milieux d’affaires du Guayaquil, il invoque son expérience du secteur privé et promet la création d’un million d’emploi d’ici quatre ans. Il n’est pas nouveau dans le paysage médiatique et l’une des critiques les plus fondamentales à son égard est son implication dans la crise del « feriado bancario » en 199, véritable traumatisme dans le pays. Il a également travaillé dans les ministères de l’énergie et de l’économie dans le gouvernement de droite de Mahuad puis ambassadeur itinérant sous celui de Lucio Gutierrez. Il propose une politique d’austérité en période de crise pour alléger la dette souveraine.

 

Lenin Moreno, vice président de 2007 à 2013 a élevé la reconnaissance des handicapés dans le monde. Ayant lui même été victime d’une agression qui l’oblige à se déplacer en fauteuil. Sur le volet social, il compte renforcer les services publics et créer un système public d’assistance aux femmes enceintes et aux nourrissons. Afin de lutter contre les inégalités, il propose d’augmenter le revenu mensuel des plus démunis à travers le bon de développement humain. Il compte relancer la croissance via la construction de grandes infrastructures et la relance de la demande.

Une élection qui change la donne pour l’Amérique Latine

A l’instar de l’essoufflement des mouvements gauchistes des années 2000 en Amérique Latine (Argentine, Brésil etc) qui ont vu s’installer des gouvernements de droite aux dernières élections , celles de ce dimanche 2 avril changent la donne. Il a de forte chance de s’inscrire dans la continuité. A la place d’un gouvernement néolibéral défendu par l’opposant M.Lasso , le pays resterait dans la mouvance des  gouvernements dit « progressistes ». Ceux là, étaient élus avec une large majorité au sortir des dictatures dans les années 80’, 90’. Aujourd’hui ils constituent difficilement à rassembler une majorité pour rester au pouvoir.

 

Un pays clivé en deux

Kostia Cerdissimo, chercheur sur l’Amérique Latine qui vit à Quito raconte : « Il va y avoir beaucoup de tension car la droite a une stratégie qui consiste à faire pression sur le Conseil Electoral National en proclamant la  ‘défense de la démocratie’. Il risque d’y avoir beaucoup de mouvement de protestations quelque soit le candidat sortant. Il ajoute « Beaucoup vont voter Lasso (…) car ils haïssent Correa mais ils ne sont pas libéraux pour autant ».

 

Il faut rappeler qu’entre 1996 et 2006, le pays a traversé une crise institutionnelle où il y a eu 7 présidents en l’espace de 10 ans.

 

L’héritage de Rafael Correa  

Il a aujourd’hui 53 ans. Cet économiste de formation, après 3 mandats compte revenir sur le chemin de l’enseignement.

 

Il a été rendu populaire par ses positions et son insoumission face au pouvoir du FMI.

Président en fonction depuis 2007 (élu avec plus de 56% des voix), M. Correa a incarné l’image d’une gauche progressiste qui a transformé le pays.

Pendant ses premières années de pouvoir, Correa a promue des changements substantiels en lien avec les demandes populaires qui ont mit en crise le modèle néolibéral. Il est le père de ce qu’il a appelé : “le mouvement citoyen”. Ses premières mesures vont dans le sens de l’affirmation de souveraineté face aux États-Unis (qui considère l’Amérique Latine comme son “arrière cour”).

Correa avait commencé par mettre un terme à l’accord militaire avec les Etats-Uni qui impliquait la présence continuelle de ce premier sur son territoire. Oxy, la FMN nord-américaine d’extraction de pétrole a été nationalisé. Désormais il faut parler de la compagnie petroleoecuador. Il y a aussi eu la suspension de TLC (chaine télévision en accord avec les Etats-Unis) et la déclaration de la dette externe comme illégitime etc..

Comme la plupart des pays du cône, il a adapté l’économie d’Importation par substitution en redistribuant les revenus dans la sphère sociale. Ce modèle économique est largement tourné vers l’exportation de matière première (cacao, banane, pétrole)

Mais depuis deux ans, le modèle équatorien est confronté à la crise économique et des scandales de corruption.

Il est le père de « la révolution citoyenne ».

Avec son gouvernement, le rôle de l’éducation a été mis en avant. L’investissement dans des projets d’infrastructures (routes, hôpitaux, écoles etc.) aussi. Il y a eu un grand programme de modernisation d’infrastructures pour donner une nouvelle impulsion au pays. C’est ainsi que les 8 centrales hydroélectriques ont permis à l’Etat de devenir autonome sr le plan énergétique. L’Equateur exporte aussi de l’énergie à la Colombie et au Pérou.

Il était aussi question d’une loi sur l’impôt à la fortune et un projet de loi pour la lutte contre l’évasion fiscal, hors ces initiatives n’ont pu voir le jour.

Mais depuis deux ans, le modèle équatorien est confronté à la crise économique et des scandales de corruption.

La crise en Equateur et les sources d’hydrocarbures

La production journalière de pétrole est de plus de 500 000 barils par jour. Le pays souffre aujourd’hui de l’effondrement des cours du pétrole et la réévaluation du dollar (qui est la devise nationale depuis 2000). Il y a aussi eu le tremblement de terre de 2016 qui a contribué à renforcer la crise équatorienne.

Ainsi, le cours du pétrole brut qui a fortement chuté et le dollar qui s’est envolé sont de terribles nouvelles pour des pays qui basent la redistribution de leur richesse (salaires, aides sociales, investissement dans les infrastructures etc.) sur la rente pétrolière.

Ainsi la menace d’une « venezuélisation de l’Equateur » se fait constamment entendre dans les médias. Esteban Ordonez (créateur du site « eleccion Equador 2017 ») explique : « Cela fait dix ans qu’on nous annonce que l’on a devenir comme le Vénézuela.

Corruption en Equateur et Amérique Latine

 Le pays est éclaboussé par de nombreuses affaires de corruption.

Celle d’ « Obedrecht », l’une des plus récente s’est propagé depuis le Brésil jusque’ en Amérique Centrale via une entreprise de BTP brésilienne qui a versée de nombreux pot-de-vin.

En décembre dernier, la justice américaine a révélé que l’entreprise aurait versé près de 33,5 millions de dollars de pot-de-vin à des fonctionnaires équatoriens.

http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/bresil-le-grand-deballage-du-pdg-dodebrecht

 

Des personnalités du pouvoir politique sont suspectés dans d’autres affaires de corruptions. Carlos Pareja, ex ministre du gouvernement, Jorge Glas, actuel vis-président font l’objet d’une enquête sur la société pétrolière publique Petroecuador.

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La démocratie en Amérique Latine

En Amérique Latine, région autrefois habitué aux coups d’Etat, on change de pouvoir désormais par les urnes et non par les armes. Les élections en Equateur jouent un rôle clé dans une région où es gouvernements de gauche tombe un à un. Eclaboussés par des affaires de corruption, (depuis Petrobras, Panama papers etc. jusqu’à Obederht) les protestations citoyennes ne font que croitre face à cela et la monté des inégalités.

Les classes moyennes prennent peur qu’on revienne sur leurs acquis et les alternatives proposées ne font guère l’unanimité. A la lumière de ce qu’il se passe au Paraguay « les parlementaires ont voté une loi pour que le président actuel puisse se représenter aux prochaines élections » qui se sont ensuivie par des « manifestations violentes et l’incendie du Parlement avant-hier soir » comme nous le raconte Cécile De Muynck (étudiante à l’IHEL qui vit en Amérique du sud) , on note un mécontentement grandissant de la société civile en Amérique Latine. Nous serons donc très prochainement fixé sur la mouvance prises par les démocraties du cône sud mais quel que soit le résultat, la société civile ne cessera pas de sortir dans les rues.

NB : Si Guillermo Lasso est élu, il a été annoncé que la protection du lanceur d’alerte Julien Assange ne pourra plus être assurée par l’ambassade d’Equateur au Royaume-Uni.

Aurélia Bessède

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